Artistes

ORLU PRINCE OZANGEOBUOMA

En résidence actuellement à Eklomiabla

Basé dans l’État de Lagos au Nigeria, Orlu Prince Ozangeobuoma développe une peinture expressive en impasto, vibrante et incarnée, qui célèbre l’audace et la confiance en soi. Diplômé de l’University of Port Harcourt, il travaille principalement à l’huile et à l’acrylique, sculptant la matière par des textures généreuses et des gestes affirmés.

Son langage plastique se distingue par des figures stylisées, aux corps amples et aux têtes volontairement réduites, qui bousculent les canons de beauté conventionnels. Par ce parti pris formel, l’artiste interroge les normes esthétiques dominantes et propose une relecture puissante de l’individualité. La surface picturale devient un espace d’affirmation, où la densité de la matière renforce l’intensité émotionnelle des personnages.

Originaire d’Isiokpo, dans la région d’Ikwerre (État de Rivers State), Ozangeobuoma insuffle à son œuvre l’énergie de son héritage culturel. Couleurs vibrantes, rythmes dynamiques, profondeur chromatique : chaque toile porte la trace d’un ancrage identitaire fort. Ses coups de pinceau s’affirment comme des gestes de résistance face à la stigmatisation des corps, transformant la peinture en un territoire d’émancipation et de dignité retrouvée.

Exposé au Nigeria comme à l’international, son travail figure aujourd’hui dans de nombreuses collections privées et publiques. Membre de la Society of Nigerian Artists (section de l’État de Rivers), il occupe également la fonction de responsable des relations publiques au sein du Pan African Circle of Artists.

En repoussant les limites de la peinture figurative expressionniste, Orlu Prince Ozangeobuoma construit une œuvre engagée et universelle, capable de résonner au-delà des frontières culturelles et d’ouvrir un dialogue essentiel sur la beauté, l’identité et l’estime de soi.

Instagram@ozangeobuomaorluprince

PUNCH MAK

En résidence à Eklomiabla en 2025

Artiste peintre congolais, né le 18 janvier 1989 à Brazzaville, Punch Mak – dont le nom signifie

« grand coup » – révèle très tôt une vocation pour le dessin, qu’il pratique dès l’âge de cinq ans. À partir de 2010, il enrichit sa recherche au contact d’ateliers d’artistes confirmés tels que Blaise Okito et de l’Ougandais James Musoke Lule, dont il retient notamment la rigueur technique du pointillisme, qu’il s’approprie avec singularité.

Dès ses premières œuvres, le rapport au sens s’impose comme une donnée essentielle de sa démarche. Chaque toile témoigne d’un travail minutieux, presque méditatif, où le choix des matériaux participe pleinement de la narration plastique. Punch Mak explore des supports et médiums peu conventionnels — moustiquaire, peinture sur toile, intégration du néon — élargissant ainsi son vocabulaire artistique vers des formes hybrides où la matière dialogue avec la lumière.

La notion de clair-obscur occupe une place centrale dans son œuvre. Par l’usage de l’électricité et de la lumière artificielle, l’artiste établit une tension féconde entre l’Homme et son environnement immédiat. La lumière devient alors bien plus qu’un procédé formel : elle agit comme un vecteur d’éveil et d’élévation spirituelle. Investie d’une dimension mystique, elle incarne la possibilité d’une transcendance de la condition humaine.

Chez Punch Mak, matériaux et lumière sont porteurs de symboles forts. Le contraste du noir et du blanc, récurrent dans sa production, figure une dynamique de transformation – du négatif vers le positif, du Mal vers le Bien. Son œuvre se déploie ainsi comme un espace de conversion et de révélation, où l’expérience esthétique rejoint une quête intérieure profonde.

Je l’ai rencontré à Paris à un moment où il doutait profondément de sa peinture, lui qui travaille avec tant de finesse le clair-obscur et les portraits de femmes. À Eklomiabla, malgré une confrontation intense avec la nature et ses propres peurs, il a accepté de se mettre en danger artistiquement, de quitter ses repères et de chercher une nouvelle écriture. Ce que je retiens surtout de lui, c’est cette fragilité sincère face à la lumière – et ce courage discret d’avoir traversé ce doute pour laisser émerger autre chose.

Nathalie Varley Meplon

Instagram @punchmak_officiel

GUATE MAO

En résidence à Eklomiabla en 2024

Artiste français, Guaté Mao puise ses premières inspirations dans les rues de Montpellier avant de déployer pleinement son langage plastique dans l’effervescence urbaine de Saint-Denis. Nourri par ces territoires contrastés, il développe une œuvre profondément ancrée dans le réel, attentive aux visages et aux histoires qui composent le paysage contemporain.

Travaillant principalement au pochoir, il investit des matériaux de récupération tels que le bois, le métal, la tôle, dont la matérialité brute dialogue avec la force expressive de ses portraits. Ce choix de supports, loin d’être anecdotique, participe d’une esthétique engagée : la surface usée devient mémoire, la matière altérée devient récit. L’identité humaine, dans toute sa complexité, constitue le cœur de sa recherche.

Son processus artistique s’inscrit dans une immersion constante au sein des environnements urbains. Guaté Mao observe, capte les regards, saisit les expressions fugitives des passants qu’il retranscrit en figures puissantes et incarnées. Souvent présentées à ciel ouvert, ses œuvres instaurent une rencontre directe avec le public et invitent à une réflexion sensible sur la diversité des trajectoires et la pluralité des expériences humaines.

Au fil des années, l’artiste a élargi son champ d’action à travers des projets et des résidences menés entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. Ces circulations transcontinentales enrichissent son vocabulaire formel et conceptuel, tissant des correspondances entre cultures et contextes variés. Son travail s’affirme ainsi comme un espace de dialogue, où l’intime et le collectif, le local et l’international, se répondent avec justesse et intensité.

Guate Mao m’a appris à me méfier de mes propres évidences : je pensais le connaître avant même de l’avoir rencontré, et il a immédiatement déplacé mon regard. Ce qui me touche chez lui, c’est cette manière profondément respectueuse et sensible d’aller vers les autres – il prend le temps, écoute, observe, puis peint avec une émotion juste, sans jamais forcer le trait. À Eklomiabla, il a su s’ancrer dans le territoire, rencontrer les pêcheurs, travailler sur des matériaux récupérés, et transformer ces fragments de vie en œuvres vibrantes d’humanité.

Nathalie Varley Meplon

Site web

Instagram @guate.mao

SERGE NEMLIN

En résidence à Eklomiabla en 2024

Né en 1985 à Tabou, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire, Serge Nemlin évoque sa rencontre avec le bois comme un moment fondateur — celui qui lui a permis de devenir « un artiste libre ». Libre des carcans académiques, libre d’explorer les potentialités infinies d’un matériau vivant, dont il épouse les rythmes, les tensions et la mémoire organique.

Formé à l’INSAAC – Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle, il approfondit sa recherche à la suite de sa rencontre déterminante avec Jems Koko Bi en 2013. À partir de 2017, il oriente résolument sa pratique vers l’assemblage, notamment à partir de copeaux de bois. Ces fragments modestes se dévoilent alors comme éléments constitutifs d’une écriture sculpturale singulière.

L’œuvre de Serge Nemlin est traversée par une réflexion profonde sur l’interdépendance entre l’être humain et son environnement – la faune, la flore, et les équilibres fragiles qui conditionnent leur survie mutuelle. Sa technique d’assemblage devient alors plus qu’un procédé formel : elle incarne une vision du monde. À l’image du vivant, fait de strates, de fragments et de recompositions successives, ses sculptures se construisent par agrégation, laissant émerger peu à peu des formes habitées, porteuses d’histoires et de mémoires.

À travers cette approche sensible et engagée, Serge Nemlin développe une œuvre où la matière conserve sa force tellurique, tout en s’ouvrant à une lecture contemporaine des enjeux écologiques et humains.

Serge Nemlin est quelqu’un d’une grande simplicité et d’une fidélité rare, profondément marqué par l’exigence et la rigueur apprises aux côtés de Jems Kokobi. Dans notre collaboration, j’ai toujours apprécié son sérieux tranquille, sa capacité à travailler la matière avec respect, et cette joie sincère qu’il partage lorsque ses œuvres trouvent leur public.
C’est un artiste généreux, énergique, profondément humain – et travailler avec lui a été à la fois fluide, confiant et très vivant.

Nathalie Varley Meplon

Instagram @nemlinserge

JEAN SERVAIS SOMIAN

En exposition à Eklomiabla en 2024

Né en 1971 en Côte d’Ivoire, Jean Servais Somian est à la croisée du design, de l’ébénisterie et de la sculpture. Son œuvre s’inscrit dans un dialogue constant entre savoir-faire ancestral et écriture contemporaine, faisant de lui une figure singulière du design africain actuel.

Le bois constitue sa matière d’élection. Il en explore les ressources avec une exigence rare, accordant une attention particulière aux finitions et aux textures. Porteur d’une mémoire et d’une ancestralité assumées, il a su introduire la couleur originelle au cœur de son travail, révélant les nuances naturelles du matériau plutôt que de les dissimuler. Inspiré par la nature, il privilégie des essences telles que le cocotier, l’ébène ou l’amazaké, dont il sublime les veines et les singularités.

Son art, résolument hybride, puise dans des influences métissées et revisite avec audace des objets du quotidien africain. D’anciennes pirogues deviennent des sofas sculpturaux ; des troncs de cocotiers se métamorphosent en miroirs ou en bibliothèques ; des bassines en plastique renversées, coiffées de coussins en wax, se transforment en assises colorées. Ces « tabourets-bassines » aux tissus chatoyants illustrent son aptitude à conjuguer mémoire populaire et lignes épurées. Chaque pièce, entre mobilier et sculpture, affirme une créativité libre et profondément enracinée.

Formé dès l’âge de seize ans auprès du maître ébéniste libanais Georges Ghandour, il fait ses premières armes entre Abidjan, Grand-Bassam et Lausanne, notamment au sein de l’agence de design dirigée par Daniel Beck. Il perfectionne également son travail du palmier auprès du « vieux Kanga », artisan issu d’une lignée de sculpteurs royaux.

S’ensuivent de longues années vécues dans un fertile entre-deux, entre Afrique et Europe, qui nourrissent une démarche où tradition et modernité, art et design, se répondent avec justesse et élégance.

Jean Servais Somian est pour moi bien plus qu’un grand designer : c’est un ami cher, un frère de cœur, quelqu’un dont la loyauté et la générosité comptent énormément. J’admire profondément sa créativité instinctive, sa capacité à révéler la beauté du bois de coco et à transformer une matière simple en œuvre puissante et contemporaine. C’est un homme visionnaire, engagé, qui inspire naturellement les autres et qui a contribué, avec une énergie sincère, à faire émerger ici une véritable culture de la résidence d’artistes.

Nathalie Varley Meplon

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VIRGINIE BROQUET

En résidence à Eklomiabla en 2023

Artiste française née à Nice, Virginie Broquet parcourt le monde carnet en main. De New York à Tokyo, de Saint-Louis à Shanghai, elle observe, esquisse et peint la vie telle qu’elle se déploie : gestes ordinaires, silhouettes anonymes, scènes urbaines vibrantes. Son regard capte l’énergie des lieux et restitue, avec sensibilité, la poésie du quotidien.

Diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg en 1992, elle reçoit dès l’année suivante l’« Alph Art Avenir » au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, distinction qui salue la singularité de son trait et la force narrative de son univers. Nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2018, elle développe depuis un parcours riche et transversal.

Son travail se déploie entre presse, bande dessinée, illustration, publicité, peinture et mode. Elle collabore notamment avec les maisons Isabel Marant et Xuly.Bët, affirmant une écriture visuelle reconnaissable, à la fois élégante, libre et profondément humaine.

Eklomiabla a le plaisir d’accueillir Virginie Broquet dans le cadre de son voyage au Festival Vodun, près de Cotonou, au Bénin. Cette immersion au cœur d’un événement culturel majeur vient nourrir sa recherche, attentive aux visages, aux rituels et aux expressions contemporaines des traditions vivantes.

Virginie Broquet est une artiste d’une sensibilité rare, capable de saisir l’âme d’un lieu ou d’un instant en quelques traits seulement. Son regard est à la fois délicat, curieux et profondément humain ; elle dessine comme on respire, avec sincérité et élégance. Chaque projet qu’elle entreprend devient un carnet de voyage habité, vibrant, où l’émotion prime toujours sur l’effet — et c’est précisément ce qui la rend si gaie et si touchante.

Nathalie Varley Meplon

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Instagram @broquetvirginie2023

CEKO NIHCKASSON

En résidence à Eklomiabla en 2021-2022
En exposition à Eklomiabla en 2024

Basé à Abidjan, Ceko Nihckasson (de son nom civil Mohamed Nihceko Nihckasson Diabaté) développe une pratique pluridisciplinaire exigeante, au croisement des médiums et des langages. Son œuvre explore les multiples dimensions de la conscience humaine et engage un dialogue sensible avec les réalités sociales et existentielles contemporaines : violence et paix, précarité, écologie, VIH/sida, exclusion.

Chez lui, la création ne se limite pas à une démarche formelle ; elle s’affirme comme un espace d’interrogation et de transformation intérieure. Chaque pièce invite à une traversée, un déplacement du regard vers une compréhension plus intuitive, plus incarnée du monde.

« C’est un voyage vers un épanouissement profond, vers un mysticisme sacré qui ne peut être appréhendé mentalement ou intellectuellement. C’est un éveil du cœur – un tintement de la cloche alors que nous pénétrons à l’intérieur !

[…] Encore une fois, son travail est vivifiant, nous inspirant à atteindre des sommets plus élevés et des profondeurs plus grandes. Le choix de ses couleurs est à la fois doux et électrisant. Et que dire de son choix d’expressions ? Du papier kraft et du carton, des matériaux qui pourraient être réduits en cendres en un instant ! Sur ce support éphémère, il choisit d’exprimer des vérités éternelles. »

Anbu